© Traumfabrik, d’après une photographie de Salvador Costa, 2022

1977 NO FUTURE //

01.12___31.12.2022

Commissariat : Pierre Ponant et Traumfabrik

vernissage__jeudi 1er décembre à partir de 17h

le bonus du vernissage : Ghost Tapes Fanzino Cassettes Set – 1976-84 – par Andres Alvare

 

L’exposition 1977 No future présente un ensemble de pièces graphiques retraçant l’histoire d’un mouvement à la fois musical et plastique, le Punk.

Né dans les années 1976/77, sur la scène étasunienne et en Grande-Bretagne, ce mouvement marque son époque, à la fois par son héritage dadaïste et situationniste dans une posture « No Future » et une communication où la chaine graphique traditionnelle est complètement remise en cause. Le graphisme punk se définit comme un art de l’instant, reprographié.

De nombreuses publications apparaissent sous l’intitulé de fanzines ou, pour les plus sophistiquées, de graphzines. Une esthétique de dessins sales et de typographies récupérées dans la presse, de calligraphies et de lettrages transferts donne une image à ses groupes de musique qui révolutionnent la scène pop encore dominante dans ce cœur des années 70.

Les travaux graphiques flyers, affiches et pochettes de LP et fanzines aux titres évocateurs d’un certain nihilisme, The Mother Fucker Magazine, Sniffin’Glue, Suburban Press, Search and Destroy, Slash donnent le ton de l’exposition jusque dans l’expression de la dictature graphique que le groupe Bazooka a tenté d’imposer au sein de la rédaction du quotidien français Libération. Aux cotés des Bazooka, Kiki Picasso, Loulou Picasso, Olivia Télé Clavel, Bernard Vidal, Lulu Larsen et TI5Dur, on peut voir les travaux d’Étienne Robial pour Métal Hurlant ou Starshooters, de Raymond Petitbon pour Black Flag, de Jamie Reid pour les SexPistols, Tanino Liberatore et son monstre Rank Xerox, Penelope Houston, Jello Biafra ou encore Winston Smith…

© Traumfabrik, d’après une photographie de Salvador Costa, 2022

En 1977, paraissait un album intitulé Never Mind The Bollocks – soit à peu près « on s’en bat les couilles » – d’un groupe appelé les Sex Pistols. Tout, du titre au nom du groupe, en passant par les chansons en forme de slogans prônant la destruction et le chaos, était destiné à choquer. « Je suis un anarchiste / je suis un antéchrist », chantait Johnny Rotten dans un de ces manifestes à la rhétorique un peu trop empruntée, un peu trop ostensiblement épate-bourgeois. L’écrivain américain Greil Marcus (dans Lipstick Traces, 1990), compare le punk – « minable, laid, qui ne vaut rien » – à d’autres avant-gardes extrêmes comme le dadaïsme, l’Internationale lettriste ou son prolongement situationniste, aux arguments autrement affûtés, la chose pourrait prêter à sourire. Et pourtant le contenu du disque paraissait explosif, d’une puissance proprement inouïe. Des situationnistes, les Pistols avaient l’intransigeance sans fond, la négativité presque suffocante. Cette façon, littéralement, de « demander l’impossible », comme on disait en 68. Mais le temps n’était plus aux brillantes arguties, et tout ce qu’avait d’apocalyptique la rhétorique « Debordienne » se trouvait accélérée, condensée en quelques slogans (« destroy », « no future », ou encore « je ne sais ce que je veux / mais je sais comment l’obtenir ») aptes à frapper l’imagination du jeune public rock de plus en plus nombreux – ce qu’ils firent au-delà de toute espérance. Car si le rock a toujours été associé, plus ou moins paresseusement, à la « révolte », jamais il n’avait connu un tel embrasement, un degré de contestation aussi profond. 

Mais il serait un peu simpliste de réduire tout le punk à un cri inarticulé, ce serait oublier que les Clash et d’autres ont tenté de lui donner un contenu plus « positif ». Mais sans l’angle nihiliste des Sex Pistols, il n’aurait été qu’un mouvement revendicatif de plus. C’est bien eux qui, par la terreur et la confusion des signes qu’ils semèrent, en firent cette chose qui frappa tant les esprits, cette question restée ouverte. Et accessoirement changèrent pour toujours la face du rock.

C’est dans ce contexte qu’apparait un agitateur dilettante du nom de Malcom McLaren. Personnage complexe quant à ses véritables motivations, aussi intelligent qu’opportuniste, McLaren est, avant du moins que les choses ne finissent par lui échapper complétement, l’incontestable cerveau du mouvement punk, qui à bien des égards a commencé comme un coup monté, une subversion savamment orchestrée. Après de vagues études d’art, il s’intéresse de près aux événements de mai 68, et notamment à ces formes nouvelles de communication rapide et péremptoire qui s’y développent – graffitis, slogans, manifestes -, dont il fera un usage immodéré plus tard, quand il managera les Sex Pistols. Avec son ami Jamie Reid, futur concepteur graphique des Sex Pistols, il se retrouve un temps dans l’orbite de King Mob, une organisation fondée par d’anciens membres exclus de la section situationniste anglaise. « Il n’y a pas de limite à notre absence de Loi » pouvait-on lire dans le King Mob Echo, la feuille volante qui leur servait de journal. Ces activistes – emmenés par l’ex-situationniste Christopher Gray – sont imprégnés du phénomène rock, et n’en négligent pas le potentiel subversif. Gray avait eu l’idée dès 1968 de former un groupe « totalement déplaisant » avec lequel ils autoproduisent un 45 tours intitulé Fuck You. McLaren, parce qu’il se trouvait au centre d’une nébuleuse post-situ, est bien la personne qui a opéré la connexion entre situs et punks. Même si, des revues situationnistes qu’il feuilletait avidement au fond de la librairie Compendium Books, il a de son propre aveu retenu l’esthétique plutôt que la théorie. En 1971, McLaren ouvre une boutique sur King’s Road, à Londres, avec sa compagne la styliste Vivienne Westwood. C’est parmi sa jeune clientèle que se retrouvent bientôt les trois futurs instrumentistes des Sex Pistols, Steve Jones, Paul Cook et Glen Matlock. À l’occasion d’un voyage aux USA, pour présenter ses « collections », McLaren est subjugué par les outrageux New York Dolls puis par l’émergence d’une nouvelle scène rock avec les Ramones, Patti Smith et Television – dont un certain Richard Hell le fascine. Avec ses chemises peintes et déchirées, ses cheveux courts et hérissés, sa chanson Blank Generation (« génération vide »), il codifie déjà quelques caractéristiques du punk anglais à venir. Iggy Pop, autre grosse influence, avait déjà chanté l’ennui, le vide, la violence. Le sentiment de vide n’est plus une tare privée qu’il en coûte d’avouer mais un constat froid, objectif, une donnée de l’époque apparemment bien partagée. McLaren a observé, écouté et revient à Londres avec quelques idées. Un peu plus tard, les Sex Pistols enregistreront Pretty Vacant (« On est joliment vides / et on s’en branle »), avec le nihilisme arrogant de rigueur, « débarrassé de culpabilité » selon les propres mots de Rotten. Johnny Rotten qui a intégré les Pistols, sur la foi du potentiel d’hostilité qu’il dégage plus que pour ses talents de chanteur. 

C’est dans cette rencontre que nait le punk. Entre des velléités révolutionnaires et un véhicule aussi populaire et puissant que le rock, avec toute l’inflation médiatico-mythologique qu’il draine, l’image fut souvent au moins aussi importante que le message – quand elle ne le résumait pas en tout et pour tout. Les Clash avaient beau être la conscience politique du mouvement avec leur réalisme social, ils ne pouvaient pas rivaliser en termes d’impact avec toute la charge d’irrationnel qu’on percevait par ailleurs, par images interposées. L’image par exemple de Johnny Rotten, incontestable emblème du mouvement, « le seul chanteur vraiment terrifiant que le rock ait connu » (Greil Marcus). Cheveux hérissés teints en orange, pulls déchirés et grossièrement rapiécés par des épingles à nourrice, crucifix en guise de boucle d’oreille, chemises peintes à la main et portant le slogan « Destroy« , pantalons de cuir, et par-dessus tout ce visage de poupon dégénéré et maniaque qui le faisait parfois ressembler à un malade mental. Bref un charisme venu d’ailleurs, jamais vu auparavant. Sa seule dégaine était une agression, un point d’interrogation.

programmation

du 1er au 31 décembre

// plongée dans la musique punk

 

 

BAG, en partenariat avec le Pourquoi Pas ? café culturel, vous propose de plonger dans l’univers du punk rock des années 76-84 avec une playlist réalisée par Andres Alvarez.

 

Votre casque individuel aux oreilles, à vous la dégustation de gourmandises BAG ou encore la découverte de l’exposition rythmée au son des musiques punks !

 

__aux heures d’ouverture de la boulangerie et galerie

 

samedi 10 décembre

// rencontre avec des acteur.rice.s du punk

// quizz punk en live par Luc Robène

// Ghost Tapes Fanzino Cassettes Set – 1976-84 – par Andres Alvarez

 

NOW FUTURE

BAG, en partenariat avec Bordophonia, vous offre une soirée à la rencontre des acteur.rice.s du mouvement punk : Gianfranco Catania, Guillaume Fédou, Luc Robène et Solveig Serre.

__18h30-21h30

__entrée libre 

 

Brian Eno, Small Craft, 2016 © Brian Eno

 

jeudi 15 / vendredi 16 / samedi 17 décembre

// installation sonore immersive

 

GO FUTURE 2022

BAG, en partenariat avec les étudiants de 3e année de la filière son Creative Producers de l’Ecole 3iS Bordeaux, propose GO future 2022, une installation sonore immersive, inspirée des sculptures sonores de Brian Eno et d’oeuvres graphiques emblématiques des années 1976-80.

Ce projet étudiant renvoie aux échos lointains des créations punks ambiantes dans un contexte numérique. De courtes propositions sonores : des performances improvisées, feront irruption dans l’espace pendant des périodes de 5 à 15 minutes en contrepoint à l’ambiance évolutive de l’installation. L’enjeu est de modéliser leurs résonances digitales dans un processus de détérioration et d’accumulation spatio-temporelle. Concrètement elle met en valeur de manière aléatoire, des sources sonores ambiantes de la ville de Bordeaux se mélangeant avec des échantillons de musique. Cette installation pose question et met en parallèle tout en mettant en opposition deux visions du « No future » ! Une, qui s’apparente au départ à une attaque contre la société morale née avec la crise des années 70 et qui a généré une vision plus pessimiste et nihiliste de l’idéologie punk.et le « No Future » qu’on est en train d’offrir aux générations avec la crise climatique et une remise en question de notre système global. Cette installation est en réalité une position de rébellion contre la négativité à laquelle ils doivent faire face aujourd’hui.
Cette installation éphémère a été réalisée par les étudiants de 3e année de la filière son Creative Producers de l’Ecole 3iS Bordeaux .

__de 11h à 19h

__entrée libre

vendredi 16 décembre

// rencontre avec Florent Mazzoleni suivie d’un concert inédit GO FUTURE 2022

Florent Mazzoleni, auteur, photographe et journaliste, spécialiste des musiques populaires occidentales et des musiques africaines, vous entraîne à la découverte de l’oeuvre de Brian Eno. L’occasion de (re)découvrir l’installation sonore immersive inspirée des sculptures sonores de Brian Eno.

__19h 

jeudi 22 décembre
projection – rencontre – DJ set

 

 

MERRY FUCKING CHRISTMAS !*

* Joyeux Putain de Noël ! 

 

Ramones et BAG vous invitent à célébrer Noël.

 

Au programme : 

// projection du documentaire Todos Somos Ramones d’Andres Alvarez et Luc Magnant – 1h40 (2011)

// rencontre avec les réalisateurs

// Ghost Tapes Fanzino Cassettes Set – 1976-84 – par Andres Alvarez

// vin chaud, bières et bûches de Noël

 

__18h30-22h

 

 

__entrée 10€ avec un verre de vin chaud offert et peut-être la chance de gagner un lot punk surprise

__places limitées

__sur réservation : je clique ici pour réserver