Une image par jour pendant 365 jours.
Avec 365 – Le destin d’une image, Christophe Airaud transforme la contrainte en expérience visuelle immersive et questionne frontalement notre capacité à regarder.

Dans le cadre du Mois de la Photographie à Bordeaux la Bakery Art Gallery accueille l’exposition 365 – Le destin d’une image réalisé par Christophe Airaud. Christophe Airaud est un photographe et professionnel des médias. Il est également rédacteur en chef au sein de France Info Culture.

Attaché à Bordeaux et à ses alentours, il développe une approche ancrée dans le déplacement quotidien, l’attention flottante et la captation de l’instant. Ses images naissent souvent dans l’urgence ou le hasard. Parfois dans des contextes ordinaires qu’il détourne par le cadrage et la lumière.

Que signifie le titre « le destin d’une image » ?

 » C’est arrivé le 6 mars. Une chambre d’hôpital, les couleurs de la peinture toujours sinistres (on se demande bien pourquoi) et au mur entre deux fils électriques qui pendent, un cadre de guingois mais une superbe image. Une vue de lac ou d’étang, de superbes lumières une application dans le cadrage. Le photographe avait tout bien fait pour que cette image ne finisse pas accrochée là, au rebut … Comme j’avais le temps, j’ai pensé … pourquoi certaines images ont un destin glorieux et d’autres ratent leurs carrières ? « 

Née le 1er janvier 2025 sur la route des Landes, au sud de Bordeaux, la série s’ancre géographiquement là où elle a émergé. Après une première présentation en février 2026 à la Galerie Rastoll à Paris (6e arrondissement), cette version bordelaise propose une déclinaison augmentée : 365+, pensée spécifiquement pour l’espace de la BAG.

Le protocole est radical : une photographie par jour durant toute l’année 2025. Aucun thème, aucune narration, aucun storytelling. De minuit à minuit, l’image doit surgir — comme une apparition.

Réalisées au gré des déplacements, dans l’urgence, à l’instinct, parfois en scooter, parfois dans le silence des natures mortes, les images peuvent être cadrées avec précision ou captées dans une brutalité assumée.

La postproduction devient un second terrain d’exploration : les photographies sont retravaillées, altérées, presque malmenées pour déplacer notre perception du réel.

L’accumulation crée un fourmillement visuel : dates, géographies, souvenirs flous, semaines sombres et jours d’éclaircies se répondent.

Mélancolie, disparition, crainte, mais aussi éclats de jeunesse et respirations lumineuses composent cette cartographie émotionnelle.

365 + / Le destin d’une image ne donne pas de réponse définitive. Elle pose une question plus urgente :
Dans un monde saturé de flux visuels, avons-nous encore le courage des yeux ?

La Bakery Art Gallery a l’opportunité rare d’accueillir HIDDEN TRUTH – La Vérité Cachée, une exposition qui fracture les certitudes et met en tension nos récits contemporains. Ici, la vérité n’est pas un bloc stable : elle glisse, elle se trouble, elle performe. Dans un monde saturé d’images, l’exposition ouvre une faille critique et esthétique.

« L’absurde est l’idée essentielle et la première vérité. »
– Albert Camus

Entre les visions de Friedrich Nietzsche (la vérité comme illusion), Socrate (comme opinion), Immanuel Kant (comme conformité rationnelle) ou Michel Foucault (comme construction politique) l’exposition pose une pluralité de cadres conceptuels.

À l’ère du deep fake, de l’intelligence artificielle, du complotisme et des narrations fragmentées, la vérité ne se présente plus comme une évidence stable. Elle se dissimule derrière des dispositifs visuels, des récits dominants, des mécanismes de pouvoir et des croyances collectives.

À travers l’installation, la photographie, la sculpture, la peinture et la vidéo, les artistes explorent les zones grises entre réalité et représentation. Chaque œuvre fonctionne comme un indice : elle ne délivre pas une réponse, elle active une enquête. L’exposition interroge notre capacité à discerner, à douter, à reconstruire du sens sans jugement moral, mais avec une exigence esthétique forte.

Crédit image : Corine Borgnet, The Hidden True.

Corine Borgnet injecte l’absurde et l’oxymore au cœur du dispositif. À travers des matériaux hétéroclites – os, résine, objets domestiques – elle construit des vanités contemporaines où le corps absent devient trace archéologique. Elle révèle une vérité intime, fragmentée, jamais imposée.

Cyrille Borgnet travaille le béton comme une matière-mémoire. Ses arbres minutieusement sculptés et ses paysages fissurés suggèrent la faille, l’accident, la fracture du réel. Il matérialise la tension entre solidité apparente et instabilité sous-jacente.

Bryan Crockett convoque l’étrangeté et le trouble perceptif. Son œuvre, reconnue à l’international, explore des formes ambiguës qui déstabilisent nos repères visuels et psychologiques, révélant l’inquiétante étrangeté du quotidien.

Hélène Langlois détourne les codes de l’histoire de l’art par le médium photographique. En jouant avec la lumière et le clair-obscur, elle voile ce que l’on croit devoir voir, questionnant mémoire, conservation et regard occidental.

Crédit Photo : Mathieu Weiler, l’image manquante Solanas /
warhol – warhol lisant Up Your Ass, huile sur toile 27 x 19 cm, 2025.

Jeanne Susplugas aborde les enfermements mentaux et sociaux. À travers des dispositifs séduisants mais perturbants, elle met en scène les mécanismes d’obsession et de reconstruction, révélant la fragilité psychique contemporaine.

Nicolas Tourte opère par micro-glissements. Ses dispositifs vidéo et ses fragments collectés transforment l’anodin en paysage mental. Il révèle les structures invisibles qui régissent nos environnements quotidiens.

Mathieu Weiler questionne les récits dominants et les images manquantes. En revisitant des mythologies contemporaines, il met en lumière les oublis factuels et les rapports de pouvoir qui façonnent notre mémoire collective.

Crédit image : Corine Borgnet, La croix chatelaine
reliquaire, Os de volailles,2021, 60 x 80.

Avec HIDDEN TRUTH – La Vérité Cachée, la Bakery Art Gallery affirme une programmation exigeante et conceptuellement ancrée dans les enjeux du XXIe siècle. L’exposition ne donne pas une vérité : elle met le regard en mouvement. Et peut-être que, justement, la vérité réside dans cette friction.

Du 21 février au 28 mars 2026, l’exposition Impressions urbaines de Blandine Galtier déploie un paysage sensible et fragmenté à travers les séries InstantsLes campagnes hallucinées et Archéologie du blanc, réunissant estampes et matrices dans un dialogue brut entre trace, matière et mémoire urbaine.

« Enfant, je voyageais en admirant les cartes que faisait
mon grand-père géomètre.

Les courbes de niveaux et les légendes de géologie furent mes premières rencontres avec le paysage et la ligne. »

– Blandine Galtier

Blandine Galtier  travaille sur l’empreinte, celle de la mémoire mais aussi celle des gestes. Celui de l’homme sur ses territoires et son propre geste sur le métal en tant que graveuse. Blandine Galtier pose un regard de spectatrice sur les paysages urbains et industriels, les observe et les trouve beaux. C’est cette beauté et poésie qu’elle révèle à travers ces estampes.

« Iron Landscape 2 », Blandine Galtier, 2024.

« J’aurais pu choisir comme outil d’expression le pinceau ou le crayon. Je cherchais la complexité du process de mise en œuvre d’un chantier, la précision des gestes. »

– Blandine Galtier

« Adour », Blandine Galtier, 2024.

// Ne manquez pas cette proposition artistique à la Bakery Art Gallery ! //

Bakery Art Gallery accueille pour la première fois une résidence publique de production et l’installation d’un four éphémère sur la terrasse de BAG. 1400° est un projet de recherche et de création réunissant trois artistes autour d’un événement accidentel : la défaillance électrique d’un four céramique survenue le 26 novembre 2024, lors d’une cuisson dans l’atelier de Valérie Blaize.

 

 

 

 

 

Photographie @Clémence Sabot, Cf. Xomin Sourgens, Jean-François et Valérie Blaize

Alors que le pyromètre indiquait 1240°C, le four semblait peiner à atteindre la température programmée de 1270°C.
Pensant ses pièces sous-cuites, l’artiste interrompt manuellement la cuisson. En réalité, à la suite d’un dysfonctionnement électronique, le four était monté à plus de 1400°C jusqu’à s’auto-détruire, lui et l’ensemble de son chargement.
Ce décalage entre donnée mesurée et réalité thermique révèle une perte de contrôle radicale : la machine échappe à sa fonction, le protocole de cuisson devient fiction et la matière est livrée à une intensité imprévue.

 

 

Valérie Blaize (1979)  plasticienne céramiste travaille à partir de l’irruption de l’imprévu et de la part sauvage de la matière. Son approche, nourrie par une pratique quotidienne du dessin et développée dans l’installation, explore la trace, la faille et les tensions qui fissurent la surface. Le détournement d’objets occupe une place centrale dans son travail. L’artiste en révèle le potentiel latent en les re-contextualisant. Elle les confronte à leur environnement d’exposition, invitant parfois le public à les activer ou les déplacer.

Xomin Sourgens (1979) photographe, travaille principalement en argentique, le plus souvent en noir et blanc. Il  accorde une grande importance à la post-production et à l’archivage de séries inscrites dans un temps long. Marquée par l’errance et la mobilité, son approche explore des  paysages et des espaces empreints de solitude et de dépouillement. À travers une contemplation sobre et silencieuse, l’artiste construit des images où s’articulent mémoire, territoire et temporalité.

Jean-François Bourlard (1970) potier sculpteur se concentre sur la matière et ses limites par la performance de cuisson et l’installation. Il s’intéresse aux forces générées par le feu et aux interactions entre matières fusibles et réfractaires : faïence et grès, porcelaine et émail. Craquelures, fusions, déformations et accidents deviennent des composantes essentielles de son langage plastique. Son travail met en jeu l’impermanence des formes et les processus de transformations qui traversent la matière.

 

 

 

 

Inventaire des éléments électroniques du four sinistré, photos de X. SourgensInstallation du studio photo des éléments du four (prises de vue par V. Blaize) Photos @ Valérie Blaize 

Inventaire des éléments électroniques du four sinistré, photos de X. Sourgens Installation du studio photo des éléments du four (prises de vue par V. Blaize), Photographie @Valérie Blaize

 

À partir de cet incident, à la fois catastrophe matérielle, accident technique et moment de bascule, le projet interroge ce que le four  raconterait de sa folle nuit. Que produit une température hors norme sur la structure des émaux, sur la résistance des terres, sur les équilibres chimiques ? Que devient la notion d’échec lorsque la destruction génère des formes imprévisibles, irréversibles parfois ?

 

La matière poussée à ses limites physiques enregistre la violence du processus : amalgames, déformations, effondrements, vitrifications extrêmes. La destruction devient un opérateur plastique, un révélateur !

 

Quilles d’enfournement agglomérées @ Valérie Blaize

Quilles d’enfournement agglomérées,
Photographie @ Valérie Blaize

1400° explore la dimension narrative de l’accident : oublier le dysfonctionnement pour en faire le point de départ d’une fiction transdisciplinaire où s’entrelacent enquête technique, mémoire matérielle et projection imaginaire. Le four n’est plus seulement un outil, il devient protagoniste, témoin et acteur d’un événement qui reconfigure les rôles entre contrôle et hasard, intention et imprévu.

 

Une première semaine de résidence à la Fabrique Pola a été consacrée à l’”autopsie” du four et de son contenu, documentée par des photographies, des empreintes, des notes et des relevés. Cette phase d’observation minutieuse a permis d’identifier les mutations de la matière et d’analyser les traces laissées par la surchauffe.

Ce temps de réflexion collective a ouvert des hypothèses plastiques, performatives et visuelles qui ne documentent pas seulement un accident, mais en prolongent les effets. Les productions présentées à la Bakery Art Gallery résultent de ce processus.

 

1400° s’inscrit dans une démarche plastique, documentaire et conceptuelle où l’événement technique devient un moteur narratif, une archive vivante, un matériau artistique interrogeant notre rapport au contrôle, à la limite et à l’impermanence des formes.

 

// Pour prolonger l’expérience, rendez-vous à la Bakery Art Gallery ! //

VERNISSAGE // 8.01.2026 // 18h__22h

Sève Montverdo et Tapaï Rezine, duo d’artistes, présentent « Apnée ? Lucidité ! », une exposition où dialoguent peinture et gravure. Leurs regards singuliers convergent, leurs visions se croisent et se répondent, fixant les mêmes horizons sensibles et engagés. Ensemble, ils témoignent de la catastrophe et s’imaginent la représenter sur les parois d’une grotte après l’anthropocène. Cette dystopie picturale est une invitation à entrer dans leur univers politico-poétique.

La fabrique de nuages, une esthétique de la pollution de Sève Montverdo questionne les enjeux écologiques, les bouleversements climatiques et sociétaux en cours, quand Les Dieux Déguisés de Tapaï Rezine interpèlent sur les mouvements migratoires et la destinée humaine. 

Leurs thématiques récurrentes proposées au travers d’une sélection d’une trentaine de toiles trouvent ici l’aboutissement d’un processus engagé il y a trois ans. C’est aussi l’occasion de dévoiler pour la première fois le triptyque à quatre mains à l’origine de cette série et dont l’élément central, trait d’union entre les deux ateliers, marque une synthèse de leurs visions. Il devient alors difficile d’isoler leur travail pour un spectateur qui aurait compris l’imbrication idéologique intime du duo.